Cette nuit, je ne dors pas, dehors, la neige tombe, schærbeek se couvre d'un magnifique manteau blanc, à cet époque de l'année la commune est maussade, ressemble à un paysage sibérien toute proportion gardé bien sur, à travers la fenêtre de ma chambre, j'aperçois les bâtiments fraîchement rénover de la rue de l'agriculture, une pensé me vint sur le moment, le temps passe décidément trop vite, un an plus tôt, c'était des ruines sous la neige, un panorama magnifique de simplicité et de beauté urbaine, il est vrai que pour le jeune africain que j'étais en arrivant ici au cour de l'hiver quatre-vingt huit, ceci pouvait paraître pittoresque et de surcroît très bizarre mais vingt ans plus tard, mon éducation, mon adolescence et mon instruction ont fait de moi un habitant de ce plat pays qui est désormais un peu le mien, cette nuit je me penche sur mon cahier, une question, la même depuis quelques mois, des années, me turlupine, la même depuis le temps où l'écriture et la lecture sont entrés dans la maison de tôle ondulé qu'on avait à Ndjamena, comment parlé de ce que l'on aime ? Le chemin le plus bref serait sans doute la simplicité, tous les chemins menant à Rome, la simplicité fait office de nos jours de cité antique, mon rapport avec schærbeek est restreint, je l'aime, sans vraiment l'aimé, comme ces couples qui vivent de l'habitude, du quotidien plutôt que de leur amour originel. Ici il n'y a pas de favelas, pas de township, pas de banlieue, pas de ghetto pourtant on ressent le même malaise qu'un habitant de Rio de janeiro, Soweto ou Compton, l'oppression est continuelle plus vicieuse qu'ailleurs, sous forme de chômage, discrimination en tout genre, la plus criante à mes yeux, la discrimination scolaire, je la ressens encore, elle à pourri toute mon adolescence. A schærbeek les loisirs se limitent aux nombreux agoraspace installé dans les nombreux terrains vagues pour occuper une certaine partie de la population bruxelloise, population qualifiée d'intellectuellement faible, hélas beaucoup tombe dans le piège, tel une souris attiré par l'odeur du fromage, les vendredis sont moins disco que ceux de John travolta, les jeunes passent leurs soirées dans les nombreux asbl supporter du fc Barcelone ou du real Madrid, ils les passent aussi dans les multiples snacks qu'on peut scruter à travers les fenêtres du tram cinquante- cinq en passant rue van oost, le regard furtif. La rue est le moyen de communication par excellence, les visages y sont marqués, la souffrance se lit sur chaque personne que tu peux apercevoir, pendant les cinq minutes de ton passage. Loin de moi l'idée de jugée ma communauté puisque je lui appartiens malgré tout, ma démarche est plus humaniste qu'autre chose, avant de savoir pourquoi ils en sont arrivé là, faut sur ment se pencher sur l'origine, la genèse du problème engendré par l'insécurité qu'il cause malgré eux. Cage aux ours, Place léhon, porte le mal de notre époque, les parents ont déserté les chemins de l'éducation, voient en leur enfant un problème, plutôt qu'une solution, les visages qui tiennent les murs marquent..., j'aimerais un jour, à l'instar de Prométhée, mettre à disposition de tout un chacun, cette force que détient un bon livre, cela tient sans doute de l'utopie pur et simple cependant j'y crois. Schaerbeek est désormais mon identité, j'y vis sans vraiment y vivre, la vie m'a contraint sans doute à cette besogne, j'y revois encore cet hiver quatre-vingt huit où j'ai découvert la froideur de l'occident, cette même froideur que l'on retrouve dans tout être habitant une agglomération urbaine, même notre premier appartement boulevard Lambermont n'échappait pas à la règle. Ndjamena et Schaerbeek ont tous les deux un point en commun ce mélange ethnique tant apprécier des visiteurs ainsi que cette multi culturalité enrichissante. Ici il n'y a rien qu'on pourrait comparer à une autre grande ville, c'est d'ailleurs les raisons qui font que je m'éternise depuis vingt ans maintenant, la rue de brabant est une fourmilière emprunt de simplicité naturelle typique du continent africain, on y retrouve cette ambiance de souk, une certaine chaleur qui contraste avec la rue d'aerschot, rue parallèle réservé à un publique averti, je me plais souvent à appeler ce quartier le petit barbes tant les similitudes y sont criantes, l'Afrique du nord y côtoie l'Afrique centrale ainsi que l'Afrique de l'ouest et de l'est, sans oublier l'Europe de l'est arrivé en masse après l'élargissement de l'union européenne, si un quartier tient une place spéciale dans mon c½ur ça serait sans doute la place lehon, mes premiers pas sur les playground avec mes chaussures parfois troué, ma première balle de basket qui faisait tant rire les autres.